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Charles Buls > 1NPRI - Histoire > Hegel et l'histoire
Hegel et l'histoire

I- Hegel, La raison dans l'histoire : l'histoire comme réalité historique a un sens. C'est le philosophe qui retranscrit ce sens à travers l'histoire philosophique.

A- les différentes manière d'écrire l' histoire.

Nous allons voir, à travers un célèbre texte de Hegel dans lequel il expose quelles sont les différentes manières d'écrire l'histoire (=historiographie), que c'est bien, conformément à ce que nous avons soupçonné dans notre introduction, à propos de l'histoire comme réalité historique que se pose la question de savoir si l'histoire a un sens. C'est même précisément cette histoire là qui a un sens.

HEGEL, Les types de l'historiographie : lien vers le texte

Questions :

1) Hegel distingue trois grandes manières d'écrire l'histoire : quelles sont-elles ? Définissez-les.

2) retrouvez quelle est l'histoire que vous apprenez à l'école (histoire de l'historien actuel)

3) quelle est l'histoire qui a le plus de valeur ? pourquoi ? Pour ce faire, trouvez les avantages et inconvénients de chacune

NB : chaque manière d'écrire l'histoire est rapportée à une faculté de l'esprit ; la première renvoie à la conscience immédiate, la seconde, à l'entendement, la troisième à la raison. Si on progresse dans ces manières d'écrire l'histoire, c'est donc aussi parce qu'on " utilise " une faculté mieux adaptée à la connaissance de l'histoire.

1) histoire originale

(conscience immédiate : spontanée et subjective)

Définition : histoire vécue, immédiate : récit des événements par le ou les témoins directs d'une époque. Cf. Hérodote, Thucydide, César. C'est une histoire au présent, car l'historien est partie prenante de l'époque qu'il décrit.

Avantages

-faire passer à leur postérité des événements vécus par les contemporains d'une époque ;

-permet de comprendre comment les hommes de l'époque ont vécu les événements

Inconvénients :

-naïveté et partialité car pas de recul de l'historien par rapport à l'époque ou l'événement qu'il décrit. Présence inévitable, dès lors, de préjugés, de jugements de valeur, et absence des conséquences et influences bref, les événements ne sont pas compris

-font souvent ça pour louer leur patrie, donc, servir des intérêts donnés.

2) Histoire réfléchissante

(entendement : a pour spécificité de " séparer ")

Définition : reconstruction du passé, afin d'essayer de le revivre (en esprit) ; elle s'effectue sur documents (travail d'élaboration)

a) Histoire réfléchissante proprement dite :

Définition : histoire d'un pays ou du monde entier

Avantages : on prend du recul ; n'étant plus de la même époque, on dispose des influences et conséquences des événements historiques, on fait donc un véritable travail historique (on relie entre eux des événements) ;

Inconvénients :

- sa globalité même : pas de détail, donc, absence d'explication réelle ;

- repose sur des témoignages des historiens originaux, dont on a dit qu'ils étaient subjectifs ; --croit qu'on peut connaître et décrire en un récit sensé la totalité des événements historiques

 

b)Histoire pragmatique

Définition : Vise à connaître le passé afin d'en tirer des leçons morales, des normes de conduite.

(Hegel souligne que c'est à cause du caractère général de l'histoire qu'on a pu faire ce genre d'histoire : (1) histoire = attrait pour le passé ; (2) l'homme doit surtout, pour agir, s'intéresser au présent ; (3) on essaie donc de rendre l'histoire utile en s'en servant pour le présent ; (4) comment, en réfléchissant sur un autre point commun de l'histoire, qui se trouve autant dans passé que présent : la politique

Inconvénients :

-d'abord, confusion morale et politique (pas mêmes intérêts, pas mêmes buts) ;

-de plus, argument tiré de la nature du réel : on ne peut tirer des leçons de l'histoire car : (si des événements ou situations historiques peuvent avoir des ressemblances), elles ne sont jamais strictement les mêmes : " nul cas ne ressemble exactement à un autre " :

ce serait donc néfaste (ça sert à rien car dans l'urgence et la nécessité de l'action, il vaut mieux s'attacher à ce qui se passe qu'au passé, ça sera sans doute plus efficace) ; et puis, un tout petit changement dans les circonstances, même inaperçu, peut tout changer

exemple : Hitler a voulu tirer des leçons de l'échec des armées napoléoniennes, en 1812, à envahir le territoire russe. Il s'est dit que la vitesse supérieure de ses blindés l'aiderait à réussir là où Napoléon avait échoué ; ce qu'il a oublié, c'est que la Russie elle aussi avait évolué !

Le pire défaut de ce genre d'histoire est donc d'oublier que l'histoire est avant tout changement et singularité ; les événements sont uniques, ils ne se répètent donc jamais, et imprévisibles. On ne peut tirer des lois de l'histoire, du genre : " un pays de vaste dimension ne peut être conquis " ; " la défensive est supérieure à l'offensive " etc. Il peut toujours arriver l'imprévu. Sinon, pas d'histoire.

c) Histoire critique.

Définition : " histoire de l'histoire " (ici, à l'évidence, histoire au sens 1), et à la limite au sens d'Histoire): consiste à enquêter pour s'interroger sur l'authenticité des documents historiques (connaissance par documents, à partir de traces).

Critique externe : forme du document :

-authenticité (original, copie, faux)

-provenance (écriture, composition papier, pour dater)

Critique interne : contenu (qu'a voulu dire l'auteur ? Est-ce crédible ?)

Avantages : l'historien cherche par-là à atteindre l'objectivité (pas à dénigrer) car il ne fait pas intervenir sa propre subjectivité, mais s'arme de principes de critique et d'explication (signifie par rapport à 1) qu'on ne peut bien comprendre que ce qu'on ne vit pas, et qu'il n'y a par définition pas d'histoire immédiate)

Comparaison histoire originale et histoire critique : illustre bien la différence journaliste et historien.

Il faut faire la distinction entre avoir le sentiment de l'importance de ce qui se passe, et l'importance de ce qui s'est passé (sa signification historique). De même, les émeutiers qui prennent la Bastille n'ont pas le sentiment de commencer une révolution. A l'inverse, certains députés de la IV e république peuvent avoir eu l'impression de vivre des séances parlementaires historiques, que l'histoire n'a finalement pas retenu.

Conséquence : rien n'est donc plus différent que le travail du journaliste et celui de l'historien : l'historien fait un travail de critique de la documentation, que le journaliste ne peut pas vraiment faire, parce qu'il est témoin. Ainsi, quand on parle d'histoire en direct ou d'histoire immédiate, on fait une erreur sur le mot d' " histoire ".

Il y a ici un véritable paradoxe : en effet, il semble que moins l'événement est présent, moins il est directement rapporté, plus l'histoire racontée est crédible : on est plus sûr de ce qui s'est réellement passé en 1789 à Paris que de ce qui s'est passé en décembre 1989 en Roumanie, alors qu'on a beaucoup moins de documents.

 

Inconvénients : L'historien critique croit possible de sympathiser avec les acteurs du passé et leur époque (pas au sens d'attrait spontané pour quelqu'un, mais de communauté de sentiment ou de pensée avec un être ou une époque), or :

-il faut sélectionner les documents, les faire parler, donc, leur poser certaines questions (cf.l'affaire autour du spécialiste Eichmann) : pas absence de parti pris (valeurs de l'historien lui-même ou de son époque, projetées sur le passé) ou de jugement de valeur (esclavage)

-il commet une erreur sur la nature de histoire : i.e., il ignore que l'homme est avant tout un être culturel, et change au cours de l'histoire

Donc, cette manière d'écrire l'histoire n'échappe pas à la subjectivité. Tout ce qu'elle nous montre, c'est que le recul de réflexion n'est pas recul à 100%.

d)Histoire spéciale : art/religion, etc.

Avantage : vue d'ensemble, point de vue général

Inconvénient : brise la totalité d'une culture, d'une civilisation : donc, partielle et même partiale

 B- histoire philosophique (philosophie de l'histoire) :

1) Définition.

C'est l'idée d'une histoire qui posséderait un fil conducteur a priori. C'est elle qui est donc douée de sens (à la fois intelligible, rationnelle, et tendue vers une direction). Point de vue entièrement général : saisit l'histoire (devenir historique) dans son ensemble (ignore les détails).

Possible grâce au fait que considère l'histoire comme réalisation de l'Esprit, qui correspond au progrès de la liberté et de la raison. (Cf. fin du texte : c'est l'esprit qui est le sujet de l'histoire et se réalise au cours de l'histoire.)

- exemple : selon Hegel, l'histoire a un sens au sens de direction vers laquelle elle tend (fin) et c'est cette direction qui permet de la lire, de la comprendre, i.e., de la rendre intelligible. Cette fin : liberté et raison.

Cf. Principes de la philosophie du droit (1821), l'histoire mondiale : elle est considérée comme succession de quatre empires :

1. Empire oriental : type de domination Egypte pharaons = un seul est libre, le roi

2. Monde grec : naissance de la liberté ; les seuls exclus = femmes, enfants, esclaves ; mais pas d'idée de la valeur de l'individu en tant que tel

3. monde romain : naissance du droit privé, du droit subjectif, de l'individu

4. monde germano-chrétien : tous sont enfin égaux et libres (Etat constitutionnel)

Progrès historique qui se repère facilement : l'Esprit du monde se promène et s'installe chez certains peuples. But poursuivi par l'Esprit dans l'histoire = la liberté du sujet.

Système qui cherche à rendre compte de la totalité du devenir historique de l'humanité, à l'aide d'un seul principe explicatif (pour Hegel, la raison/Esprit). On dit que son système est "idéaliste".

2) Origine de la philosophie de l'histoire :

Pas à proprement parler 19e, même si Kant en avait déjà parlé, et si c'est la révolution française qui a pu faire croire aux philosophes (Kant, Hegel, Marx) que l'histoire avait un sens, que l'homme progressait au cours de l'histoire. Son origine est plutôt due à l'émergence du christianisme.

Cf. St Paul, Epître aux romains : derrière tout ce que font les hommes, se profile un plan caché de Dieu, de la Providence, qui guide les événements ; voici ce plan / fil directeur de l'histoire : la Création (Dieu a créé l'homme à son image), la Chute (Péché d'Adam), et la lente histoire de la Rédemption (qui a commencé avec la mort du Christ) jusqu'au Jugement dernier (fin du monde). Conclusion : l'humanité est, à travers l'histoire, soumise aux épreuves d'une rédemption progressive (qui consiste à se guérir du péché originel). L'histoire est donc celle du salut de l'humanité. Ce n'est pas à proprement parler une philo de l'histoire, mais plutôt une théologie de l'histoire.

Cf. St Augustin (354-430), La cité de Dieu; et Bossuet (1627-1704), Discours sur l'histoire universelle ("mais souvenez-vous, monseigneur, que ce long enchaînement de causes particulières, qui font et défont les empires, dépend des ordres secrets de la divine providence"). Pour ce dernier, il n'y a aucun hasard dans l'histoire : si les hommes ne parviennent pas à voir comment l'histoire progresse vers sa fin, c'est parce qu'ils sont des créatures ignorantes du dessein divin et des moyens par lesquels il s'exerce.

3) La notion de "ruse de la raison".

Avec Hegel, ce qui n'était qu'un mode théologique d'explication du devenir humain va prétendre devenir une philo de l'histoire. Hegel reprend explicitement, dans La raison dans l'histoire, la notion de dessein divin. Il dit en effet que quand il affirme que c'est la raison qui gouverne le monde, il veut dire la même chose, mais de façon laïcisée.

Tout comme derrière l'apparence extérieure des événements se cache un plan divin, derrière tout ce que font les hommes, et notamment, derrière tous leurs actes les plus absurdes ou les plus passionnels, se cache une raison/un Esprit, qui mène le monde vers plus de liberté, plus de rationalité, plus de moralité.

Cf. notion de "ruse de la raison" : la raison se sert des passions des hommes à leur insu, pour réaliser ses fins. Les hommes croient suivre leur volonté, alors qu'en fait, ils servent des desseins (divins ou rationnels).

Mais attention : la raison est,

a) intérieure, non pas extérieure, au devenir historique (contrairement à l'histoire sainte)

b) elle est le devenir historique lui-même;

c'est qu'elle n'est pas la capacité de compréhension, de distinguer le vrai du faux, de raisonner, mais ce qui se développe à travers l'histoire; bref, c'est une entité, et le réel lui-même. Cf. " ce qui est réel est rationnel et ce qui est rationnel est réel ".

Toute philosophie de l'histoire admet quatre postulats :

1. la réalité historique est objective et existe indépendamment des hommes

2. l'histoire a un sens, i.e., une direction définie et une signification

3. le temps est conçu comme une ligne droite allant à l'infini (temps linéaire : avec un début, et une fin). C'est une conception du temps (rien ne nous assure que le temps soit en lui-même linéaire : c'est culturel ; ainsi les grecs croyaient que le temps était cyclique). Le temps linéaire est une conception chrétienne (cf.jugement dernier)

4. elle a une finalité, elle poursuit un but, donc, le temps est efficace, il nous mène vers une fin. Tout événement n'a de sens que rapporté à cette fin et est donc un avènement.

(Histoire et temps=créateurs, révélation progressive de la raison à travers l'histoire)

 4) Critiques.

a) d'un point de vue moral :

Manière de justifier tout ce qui arrive, et surtout, le mal ("théodicée") : tout ce que font les hommes, même ce qui nous paraît au premier abord le plus absurde et monstrueux (actes de barbarie comme Auschwitz ; Milosevic etc.), est en fait, si on ramène cela au point de vue de l'histoire philo, au plan divin, un progrès de l'esprit. Plus de morale et de raison au bout du compte. (rejoint argument selon lequel la fin justifie les moyens)

b) d'un point de vue scientifique ou épistémologique :

-ce n'est possible que d'un point de vue général; dès lors, ça reste toujours trop vague pour prétendre être objectif (cf.psychanalyse : tout peut par définition entrer dans ce genre de discours); cf. Marx, qui, lui, explique tout par la matière (ou les forces économiques)

-suppose des fins de la nature et des entités abstraites (cf. "Esprit du monde") existant réellement; or, on ne peut prouver par aucun outil scientifique leur existence

c) enfin, ignore que l'histoire a à voir avec la liberté et au bout du compte l'histoire ne se distingue plus de la nature :

cf. fait que ce n'est pas l'homme qui fait l'histoire, mais elle n'est pas autre chose pour eux qu'un destin, ils sont des pantins; l'histoire est le royaume de la nécessité, du déterminisme. Pourquoi alors distinguer l'histoire de la science?

Cf. distinction entre le nécessaire (ce qui ne peut pas ne pas être); le contingent : ce qui peut indifféremment arriver ou non domaine des choses terrestres, qui n'arrivent pas selon une nécessité absolue ; Aristote dit qu'elles sont régulières : " choses qui arrivent le plus souvent " ; l'accident (imprévisible)

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